Taux d’intérêt immobilier : vers une hausse plus rapide que prévu ?

De l’inquiétante hausse du taux des OAT 10 ans de la France à un potentiel changement de la politique de la BCE en passant par l’entrée en vigueur prochaine de la réforme de l’assurance emprunteur, presque tous les facteurs déterminants montrent que les taux d’intérêt pourraient progresser plus vite que prévu.

L’envolée des OAT 10 ans de la France devient inquiétante

Certes, le taux des obligations assimilables du trésor à 10 ans augmente dans la quasi-totalité des pays industrialisés, mais c’est dans l’Hexagone que cet indice a progressé le plus fortement ces dernières semaines.

Entre le 2 janvier et le 7 février, le taux d’intérêt à 10 ans de la dette publique tricolore est passé de 0,66 % à 1,14 %, selon les statistiques de l’Agence France Trésor. A ce jour, les taux d’emprunt de la France est plus important que ceux des autres pays de la zone Euro comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore l’Espagne.

Pour les spécialistes, cette progression rapide des OAT 10 ans de la France est principalement liée à l’incertitude socio-politique dans l’Hexagone. A savoir que ces barèmes sont fixés par des investisseurs (étrangers et nationaux) qui prêtent à l’état.

Aujourd’hui,  dans un contexte d’incertitude économique, financière et surtout politique, les investisseurs ne considèrent plus les risques de l’Etat Français comme faibles ni sereins. Conséquence : le coût de la dette de la France augmente plus vite par rapport aux autres pays développés. Cette inquiétante envolée de barèmes pourrait accentuer la hausse du coût des crédits aux particuliers dans les semaines et mois à venir.

Réforme de l’assurance emprunteur : les prêteurs devront maintenir leurs marges

La nouvelle réforme de l’assurance emprunteur permettant de résilier le contrat d’assurance emprunteur de son prêt à l’habitat tous les ans, entrera en vigueur le 1er mars prochain pour tous les nouveaux contrats. Pour les prêts en cours, l’entrée en vigueur prévue est le 1er janvier 2018.

Pour rappel, avec cette réforme, les emprunteurs pourront faire jouer pleinement la concurrence, chaque année s’ils le souhaitent, entre les banques et les compagnies d’assurance. Pour les établissements bancaires, cette nouvelle donne constituera un vrai manque à gagner puisqu’avec le niveau actuel des taux, l’assurance emprunteur de groupe permet aux prêteurs de maintenir une certaine marge.

Dans cette configuration, l’entrée en vigueur prochaine de cette réforme pourrait mécaniquement faire progresser les taux d’intérêt un peu plus vite que prévu. En d’autres termes, comme les établissements bancaires devraient maintenir leurs marges, ce qu’ils perdront d’un côté sera certainement récupéré d’un autre. Dans tous les cas, les banques ne vont pas rogner davantage sur leurs marges.

Pour les spécialistes, la quasi-totalité des banques vont opter pour cette stratégie de baisse de coût de l’assurance emprunteur d’une part pour une hausse plus marquée des taux de l’autre et cela va certainement concerner tous les profils emprunteurs et tous les types de financements y compris le rachat de crédit immobilier.

Le retour de l’inflation n’est pas une bonne nouvelle pour les taux d’intérêt

Confirmant la reprise économique dans la zone Euro, le taux de l’inflation a considérablement augmenté ces derniers mois. Après 1,1 % en décembre 2016, l’inflation a atteint 1,8 % en janvier 2017 et pourrait probablement dépasser l’objectif de 2 % de la BCE dans les semaines et mois à venir.

Pour rappel, l’inflation est définie comme une hausse durable des prix à la consommation qui se traduit par une baisse de pouvoir d’achat de la monnaie. En zone Euro, cette remontée de l’inflation est principalement portée par hausse des cours du pétrole, mais aussi par la politique monétaire très accommodante de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Cependant, si la BCE a fait savoir qu’elle ne durcira pas sa politique monétaire, dans l’immédiat, malgré l’accélération du niveau d’inflation car celle-ci est temporaire et due principalement à la remontée des cours de certaines matières premières. Le niveau actuel de l’inflation amène de nombreux observateurs et analystes à estimer que le moment était venu pour l’institution de Francfort de commencer à durcir sa politique monétaire actuelle qui maintient depuis plusieurs mois ses principaux taux à des niveaux bas record.

De ce fait, le retour de l’inflation à 2 % qui permet de garantir la stabilité des prix est une bonne nouvelle pour la BCE et pour les Etats Européens, mais il pourrait également entraîner dans son sillage une accélération plus rapide des barèmes des crédits aux particuliers.